Diaporama de Pablo Neruda.
Traitement des images, restauration, Guy Desmurs

Citation de Pablo Neruda

samedi 19 août 2017

81ÈME ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE FEDERICO GARCÍA LORCA


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FEDERICO GARCÍA LORCA 
AQUARELLE DE FABRIZIO CASSETTA
1936 - 19 AOÛT - 2017
QUATRE-VINGT-UNIÈME ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE FEDERICO GARCÍA LORCA 
Ce   samedi 19 août 2017 commémore le quatre-vingt-unième anniversaire de la mort du dramaturge espagnol. 
FEDERICO GARCÍA LORCA 
PEINTURE DE KEN MEYER 

Federico del Sagrado Corazón de Jesús García Lorca fut un poète et dramaturge espagnol, également peintre, pianiste et compositeur, né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros près de Grenade et assassiné le 19 août 1936 entre Viznar et Alfacar par des milices franquistes.
Federico fait des études de philosophie, littérature et droit à l'université de Grenade où il devient l'ami de Manuel de Falla qui exerce une forte influence sur lui.

FEDERICO ET MANUEL
DE FALLA À GRENADE
Outre ses talents d'écrivain, il était aussi peintre et musicien. Passionné de musique folklorique, il organise, en 1922, un festival de Flamenco. En 1923, il participe à la création de « La Génération de 27 », un groupe littéraire de poètes, innovateur et révolutionnaire. Le groupe disparaît au début de la guerre d'Espagne.

En 1929, suite à sa rupture avec le sculpteur Emilio Aladren, il est victime d'une dépression. Sa famille l'envoie faire un voyage au États-Unis. Il rentre en Espagne en 1930 et s'installe à Madrid. En 1931, il est nommé directeur de la société de théâtre étudiante subventionnée, La Barraca, dont la mission est de faire des tournées dans les provinces essentiellement rurales pour présenter le répertoire classique.

ARCHIVES RENDUES PUBLIQUES,
RÉVÈLENT L'IMPLICATION DU RÉGIME DE FRANCO
En 1936, au début de la guerre civile, il rentre en Andalousie. Il est arrêté par le régime franquiste et exécuté quelques jours plus tard par la phalange espagnole (les archives rendues publiques, en avril 2015, par Eldiario.es révèlent l'implication du régime de Franco). Son corps est jeté dans une fosse commune. En 2008, les fouilles ont été entreprises pour tenter d'identifier son corps, mais rien ne prouve à ce jour que Garcia Lorca ait bien été enseveli dans cette fosse. Ses fouilles reprendront en 2014.

Le régime de Franco décide l'interdiction totale de ses œuvres jusqu'en 1953 quand « Obras completas » est publié dans une version très censurée.

Parmi ses œuvres on peut citer : « Poème du cante jondo » (1921), « Mariana Pineda » (1923-1925), « Romancero gitan » (1928), « Poète à New York » (1930), « Noces de sang » (1932), « "Yerma » (1934), « Divan du Tamarit » (1936), « Sonnets de l’amour obscur » (1936), « La Maison de Bernarda Alba » (1936).

vendredi 18 août 2017

GARCÍA LORCA À BUENOS AIRES EN OCTOBRE 1933


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GARCÍA LORCA À BUENOS AIRES EN OCTOBRE 1933








vendredi 11 août 2017

« PLUIE » DE FEDERICO GARCIA LORCA




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« PLUIE » DE FEDERICO GARCIA LORCA
«POÈME DU JOUR AVEC LA COMÉDIE-FRANÇAISE » 
 TRADUCTION D'ANDRÉ BELAMICH / LU PAR ADELINE D'HERMY 
-RADIO FRANCE CULTURE -  DIFFUSÉ  LE MARDI 20 MARS 2012
 DURÉE : 0:01:15 


Federico Garcia Lorca naît en 1898 au sein d'une famille andalouse aisée et libérale. Il s'intéresse très tôt aux différents domaines des arts et emprunte la voie de la poésie dès 1921 avec Canciones puis Romancero gitano (1928). En alliant modernité et folklore populaire, Garcia Lorca emporte rapidement la reconnaissance du public. Ses nombreux voyages, notamment sur le continent américain, ont approfondi et enrichi ses œuvres (Poète à New York , 1934). Dès 1935, Garcia Lorca bifurque légèrement vers le chemin dramatique. Il fonde la Barraca , sa propre compagnie théâtrale et met en scène de grands classiques. Il peut alors y représenter ses pièces Noces de sang (1933), Yerma (1935) et la Maison de Bernarda (1936). Cette trilogie tragique reste l'une de ses œuvres majeures. Federico Garcia Lorca est fusillé par les franquistes le 19 août 1936.  

jeudi 10 août 2017

105ÈME ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE JORGE AMADO


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JORGE AMADO 

 1912  -10 AOÛT- 2017 
CENT-CINQUIÈME
ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE
DE JORGE AMADO 
PABLO NERUDA, LUÍS CARLOS PRESTES
ET JORGE AMADO EN 1945
PHOTO ZÉLIA GATTAI
Jorge Amado de Faria, né le 10 août 1912 à Itabuna, dans l'État de Bahia, et mort le 6 août 2001 à Salvador, dans l'État de Bahia, fut un écrivain brésilien de l'école moderniste. 

Fils de João Amado de Faria et de D. Eulália Leal, Jorge Amado arrive en 1931 à Rio de Janeiro pour y étudier le droit. Il publie, la même année, son premier roman,  « Le pays du carnaval ». Devenu membre du Parti communiste brésilien, il commence comme militant communiste de 1941 à 1942, mais il doit s'exiler en Argentine et en Uruguay. Quand il revient au Brésil, il se sépare de sa première femme Matilde Garcia Rosa. 

Il est élu, au nom de ce même parti, à l'Assemblée nationale constituante de 1945. La même année, il se remarie avec l'écrivaine Zélia Gattai. Au début des années 1950, il est en exil politique à Paris, Prague et Dobříš (siège de l'Union des écrivains tchécoslovaques), Europe où il va rencontrer Picasso et Aragon. Après avoir été lauréat du Prix Lénine pour la paix en 1951, en 1984, il est nommé commandeur de la Légion d'honneur par le président français Mitterrand et devient lauréat du Prix Camões littéraire du monde lusophone, en 1994.


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jeudi 3 août 2017

UN POÈTE AUX COMMANDES, NERUDA ET LES RÉFUGIÉS RÉPUBLICAINS ESPAGNOLS


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PABLO NERUDA REND VISITE AUX ESPAGNOLS RÉPUBLICAINS
RÉFUGIÉS À BORD  DU WINNIPEG, BORDEAUX 1939 

PHOTO IONE ROBINSON

Le hasard a voulu qu'à peine avais-je achevé la lecture du livre passionnant de Georges Orwell, Hommage à la Catalogne, ce reportage sans concession sur la guerre d'Espagne, vue du côté des miliciens du POUM et des anarchistes engagés dans une lutte étrange contre les troupes franquistes dans laquelle ils semblent bien abandonnés par le gouvernement républicain qui ne leur fournit que des armes à moitié inutilisables, reportage complété d'une analyse politique sans concession du sabotage de la révolution par les staliniens, de la désinformation systématique organisée par la presse de gauche européenne sur la situation réelle,  un article paru dans la Croix a attiré mon attention. « L'Odyssée oubliée des réfugiés du"Winnipeg". »
J'y ai découvert qu'en août 1939,  quelques mois après la fin désastreuse de la guerre, Pablo Neruda avait, depuis Bordeaux, organisé le départ vers le Chili de 2500 réfugiés républicains, une petite partie de ceux que la France avait accueillis dans des camps de sinistre mémoire - je rappelle que leur nombre s'élevait à peu près à 400 000 -. Il avait fallu au poète une sacrée réactivité pour monter cette opération : s'assurer d'abord de l'accord d'un gouvernement chilien de type Front Populaire, obtenir une accréditation auprès des autorités françaises, se mettre à chercher un bateau d'un tonnage suffisant pour embarquer dans des conditions acceptables le plus grand nombre possible de passagers - cela fut possible grâce à l'aide du PCF qui avait créé une compagnie maritime, deux ans auparavant, pour venir en aide aux communistes espagnols - leur faire parvenir des armes soviétiques (l'information aurait fait bondir Orwell qui se plaignait à juste titre de l'obsolescence des armes qu'on avait données aux miliciens !). le plus gros bâtiment de cette flotte, le Winnipeg, est acheminé vers Pauillac, sur l'estuaire de la Gironde ; il faut encore le transformer, y aménager dortoirs et réfectoire. Les réfugiés arrivent en trains spécialement réservés et commencent d'être recensés par Neruda lui-même et des délégués des différents partis politiques républicains. Il s'agit de ne pas privilégier les uns au détriment des autres - on a, bien sûr, accusé Neruda d'avoir embarqué plus de communistes que d'anarchistes, accusation qui a depuis été démentie. Enfin tout le monde peut embarquer et le Winnipeg rejoindra le Chili un mois plus tard. Longue traversée au cours de laquelle il faut bien occuper les passagers - des activités culturelles sont organisées : lectures, chorale, ateliers de peinture ... Cette façon de ne pas oublier que l'homme ne vit pas seulement de pain est caractéristique d'une certaine idéologie de gauche dont il faut souhaiter qu'elle continue de se développer.

Bel exemple de solidarité qu'il est utile de rappeler. Je rappelle que, quelques années plus tard, sous le joug allemand, quand sera édifiée la Base sous-marine, ce monstre de béton qui devait recevoir les sous-marins et qui sert maintenant à accueillir des manifestations culturelles, les prisonniers politiques espagnols qui n'auront pu quitter la France paieront un lourd tribu à sa construction.

Je n'ai pas vu dans la presse que cet épisode qui a été commémoré au printemps dernier en présence de descendants des rescapés ait été rappelé.Mais je peux me tromper. Merci à Jean-Jacques Allevi dont l'article m'a fourni l'essentiel de ce billet.

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mardi 1 août 2017

L’ODYSSÉE OUBLIÉE DES RÉFUGIÉS DU « WINNIPEG »


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DES SURVIVANTS DU WINNIPEG. À CE JOUR, ILS NE SONT PLUS
QU’UNE POIGNÉE  MAIS LEURS DESCENDANTS SONT PRÈS DE 10 000
À VIVRE AU CHILI ET À Y PERPÉTUER LE SOUVENIR DU « NAVIRE DE L’ESPOIR ».
PHOTO MARTIN BERNETTI 

Début août 1939, le poète Pablo Neruda organise depuis le port girondin de Pauillac l’évacuation par bateau de 2 500 réfugiés espagnols vers le Chili.

Un épisode méconnu en France de la guerre d’Espagne.
Des survivants du Winnipeg. à ce jour, ils ne sont plus qu’une poignée mais leurs descendants sont près de 10 000 à vivre au Chili et à y perpétuer le souvenir du « navire de l’espoir ». 

En cette fin d’après-midi de printemps, les touristes qui sortent du port de plaisance de Pauillac, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Bordeaux, ne prêtent nulle attention au drapeau à bandes rouges, jaunes et bleues que le vent du large malmène. Si l’oriflamme de la défunte République espagnole a été hissée à deux pas de l’embarcadère, c’est que ce samedi-là, la cité du Médoc commémore, pour la première fois, un épisode oublié en France de l’immédiat après-guerre civile : l’évacuation en août 1939 depuis les quais de la Gironde de quelque 2 500 réfugiés républicains vers le Chili.


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PABLO NERUDA REND VISITE AUX ESPAGNOLS RÉPUBLICAINS
RÉFUGIÉS À BORD  DU WINNIPEG, BORDEAUX 1939
Une spectaculaire opération humanitaire montée de bout en bout par le poète chilien Pablo Neruda, comme le rappelle désormais la stèle dévoilée, ce jour-là, en présence des autorités locales, d’une cinquantaine de descendants de républicains parmi lesquels Carmen Negrín – elle est la petite-fille de Juan Negrín, dernier président du Conseil de la République espagnole – et de militants d’associations mémorielles venus de Bordeaux, de La Rochelle, mais aussi d’Espagne et du Chili.

Retour en 1939. À l’issue de trois ans de guerre, la chute de Barcelone, le 26 janvier, scelle la victoire définitive des franquistes. Sans attendre la prise de Madrid fin mars, quelque 400 000 hommes, femmes, enfants et vieillards prennent la route de l’exil vers la France. Au Chili, où les élections de 1938 ont été remportées par une coalition de Front populaire, Neruda convainc le président de la République, Pedro Aguirre Cerda, d’accueillir une partie de ces vaincus. « Amenez-moi des milliers de républicains… en tenant compte des nécessités de l’industrie chilienne », lance le chef d’État.

Neruda part donc pour Paris, nanti du titre de « consul pour l’immigration » et se met en quête d’une compagnie maritime. France-Navigation lui paraît tout indiquée : les bâtiments de cette flotte créée en 1937 par le PCF pour approvisionner l’Espagne républicaine en armes soviétiques sont libres. Le poète-diplomate réserve le plus gros de ces navires : le Winnipeg. En juillet, deux dortoirs et un réfectoire sont aménagés dans les cales et les soutes de ce quatre-mâts.

Du 1er au 4 août, des dizaines de trains acheminent les exilés vers Pauillac. Les quais de Trompeloup sont noirs de monde. Des familles séparées depuis des semaines dans les camps du sud de la France se retrouvent enfin. Installé sous une tente, Neruda supervise la prise en charge des passagers, sous l’œil des représentants des partis politiques espagnols qui contrôlent – listes nominatives en main –, les opérations d’embarquement. Le bateau n’a pas encore quitté le Médoc que la droite chilienne accuse Neruda, compagnon de route du Parti communiste, de privilégier la montée de militants staliniens. L’allégation sera reprise plus tard par un anarchiste présent sur le Winnipeg.

Une légende aujourd’hui démentie par plusieurs historiens qui conviennent, néanmoins, que le poète a octroyé à sa guise une centaine de places. Quoi qu’il en soit, en ce début août 1939, le cargo vogue vers l’Amérique du Sud. Alors que la chaleur est accablante, le service de santé dirigé par Marcelle Herzog – fille de Marcel Cachin, fondateur du PCF –, est débordé. Si la traversée est rythmée par les trois repas journaliers, les activités lecture, peinture ou chorale, elle est aussi émaillée d’empoignades politiques. La plus tonitruante intervient lorsque parvient la nouvelle de la signature, le 23 août, du pacte germano-soviétique.

Le Winnipeg accoste à Valparaiso dans la soirée du 2 septembre 1939. Les exilés débarquent le lendemain, accueillis en vainqueurs par une foule en liesse qui entonne des chants révolutionnaires. La guerre qui débute le même jour en Europe, laisse espérer à beaucoup un retour prochain dans une Espagne débarrassée de Franco. L’illusion est de courte durée. La plupart des réfugiés resteront sur place.

À ce jour, les survivants du Winnipeg ne sont plus qu’une poignée mais leurs descendants sont près de 10 000 à vivre au Chili et à y perpétuer le souvenir du « navire de l’espoir ».


Jean-Jacques Allevi

dimanche 16 juillet 2017

ERNEST PIGNON-ERNEST : PAS DE MOTS DEVANT L'INTOLÉRABLE


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CHILI RÉSISTANCE 1977
ERNEST PIGNON-ERNEST 
Le plasticien Ernest Pignon-Ernest s'est rendu au Chili au début des années quatre-vingt. Repère : la figure e Pablo Neruda, le poète mort du fascisme. Il explique à l'Humanité sa colère devant l'incroyable décision des autorités britanniques et évoque son travail sur place avec les artistes chiliens, menacés par Pinochet et ses sbires.

Quelle est votre réaction devant l'attitude du gouvernement britannique?
PABLO NERUDA,
ERNEST PIGNON-ERNEST 1981
L'intolérable se mesure par rapport à nos propres repères. Regardez tout ce qui s'est passé avec Papon, qui était, si l'on peut dire, un " petit " dans le processus mis en place par les nazis. C'est un peu comme si on disait que Hitler où Pétain pouvaient être libérés. Il y a des responsabilités. Lorsque l'on pense à l'émotion qui a saisi - à juste titre - l'opinion française lors de l'affaire Papon, on se dit que c'est intolérable et insupportable. On se demande quelles sont les pressions qui ont pu être exercées.

Je songe à mon séjour au Chili, au début des années quatre-vingt, alors que Pinochet était en place : c'était la terreur, la crainte, la peur permanente. Et puis, aussi, ce désespoir permanent des gens qui avaient des proches ou des amis disparus. C'est insupportable. Je ne trouve pas les mots pour dire combien je trouve cela scandaleux.

Ne pensez-vous pas que le gouvernement français devrait réagir ?

Oui. Le gouvernement devrait réagir. Il y a aussi des Français qui sont morts ou qui ont disparu au Chili. De toute manière, ça dépasse les questions de frontières. On parle à tout le temps du droit d'ingérence, on y est !

Vous étiez au Chili au début des années quatre-vingt. Comment s'est passée votre intervention là-bas ?

J'y suis allé à la demande d'amis chiliens, en exil en France. Ils avaient le sentiment, en appelant leurs camarades au Chili qu'il y avait un grand désarroi. Tout était désorganisé, les collectifs ne fonctionnaient plus. Ceux qui étaient sur place se sentaient perdus, isolés. Jose Balmes m'a alors suggéré de me rendre dans le pays et de prendre contact avec un certain nombre d'artistes qui s'étaient séparés parce que le fascisme crée une suspicion terrible. On pense aux pièces de Brecht. Les gens avaient peur les uns des autres. J'ai alors esquissé l'idée de réaliser, collectivement, une image, celle de l'image du Chili à ce moment-là. Il n'y avait pas de graffitis dans les rues, pas plus que d'affiches. Le dénominateur commun, c'était une évidence, était Neruda, qui incarnait le Chili. J'ai alors travaillé sur une image du poète. C'était de la sérigraphie et on a ainsi pu réunir des gens et impulser une dynamique assez extraordinaire. Près de cinquante artistes sont passés dans l'atelier mais il y avait tout de même des méfiances. Brunioli me disait toujours : " c'est évident qu'il y a un flic dans le groupe ", mais on n'arrivait jamais à savoir qui c'était. Il y avait tout le temps cette pression, cette peur permanente, quand on sortait. C'est ce que j'ai senti de plus terrible.

On a don fait cette image de Pablo Neruda. L'idée était de le faire comme un drapeau, une incarnation du Chili. On l'a représenté avec un poncho, l'habit populaire, qui permettait de faire une grande surface sur le corps de Neruda. Chacun intervenait alors sur ce poncho : des paysages du Chili, des manifestations, des poèmes. Il incarnait vraiment la résistance, le pays en lutte. À travers l'image que j'avais réalisée, il y avait une rencontre. On en a imprimé près de 500, envoyées à tous les groupes d'artistes, aux quatre coins du Chili.

Vous avez montré ce dessin à la veuve de Neruda ?

J'ai montré le dessin à Matilde. Une beauté grave, un peu comme Irène Papas. Je vais dans leur maison, chargée d'histoire, pillée au moment du coup d'État. Je déroule dessin sur une grande table. Elle reste silencieuse et me dit : " Pablo n'était jamais comme ça ". J'étais gêné. Elle se tait et ajoute : " Mais, vous avez raison. Maintenant il serait comme ça, grave et résolu. Avant il riait toujours. Même quand il a été expulsé de France, nous sommes montés dans le bateau à Cannes et il a offert du champagne pour tout le monde. Dans tout il voyait ce qu'il y avait de positif. "

Entretien réalisé par

ERNEST PIGNON-ERNEST SUBLIME LE MONDE URBAIN À SA MANIÈRE


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PABLO NERUDA PAR ERNEST PIGNON-ERNEST 1981 
Ses œuvres sont devenues des icônes mondiales. De Rimbaud à Pasolini en passant par Neruda, les représentations humaines d’Ernest Pignon-Ernest réalisées au fusain, à la pierre noire, laissant une place gigantesque à l’ombre portée, ont fait le tour du monde. Associé à des prises de position fortes contre la guerre d’Algérie ou l’Apartheid en Afrique du Sud, Ernest Pignon-Ernest est devenu une icône du street-art. Il expose à Antraigues-sur-Volane une partie de sa galerie consacrée aux poètes (Maison Ferrat, jusqu’au 1er octobre).
Par Jérémy ECOFFET
ERNEST PIGNON-ERNEST POSE
DEVANT L’UNE DES ŒUVRES EN
L’HOMMAGE À PABLO NERUDA.
PHOTO JÉRÉMY ECOFFET
Né en 1943 à Nice, Ernest Pignon-Ernest a rapidement compris que la peinture et lui seraient amenés à faire un bout de chemin ensemble. « Je venais d’un milieu modeste. Très jeune, j’aimais déjà beaucoup dessiner», explique-t-il.



À 13 ans, c’est la rencontre avec Picasso et Guernica via les feuillets de Paris Match. Ernest Pignon-Ernest trouve son maître pour les décennies à venir.

À Tours, Nice, Avignon où l’artiste a pris une position forte sur l’avortement en passant par Ramallah en Palestine avec son œuvre sur Mahmoud Darwich, et la prison Saint-Paul à Lyon, pour finir à Rome, Naples, Matera et Ostie en Italie avec l’œuvre rendant hommage à Pasolini, Ernest Pignon-Ernest a installé ses dessins sérigraphiés aux quatre coins du globe.

« Mes œuvres ont pour but de perturber les lieux »

PABLO NERUDA 1981
ERNEST PIGNON-ERNEST
À chaque fois, la même manière de fonctionner. «Je ne décide pas de venir appliquer mes œuvres sur des lieux au hasard. Je les avais auparavant beaucoup étudiés. Je les ai vus plusieurs fois, de jour, de nuit, pour savoir où l’ombre portée sera le mieux. Ses œuvres sérigraphiées sont toujours de la même taille.

« Elles sont grandeur nature, de manière à ce qu’elles perturbent le lieu. Je souhaite que mes images, plusieurs années après, réactivent le lieu en faisant remonter l’histoire à la surface. »

Pour arriver à ses fins l’artiste puise dans la lecture. « Des étudiantes qui font une thèse sur moi ont remarqué que j’avais déjà lu plus de 100 livres pour établir mes créations. »

L’exposition à la Maison Ferrat permet de redécouvrir 19 poètes au destin tragique ; souvent identique mais qui ont mené des combats sans relâche pour faire vivre leurs idées. Un combat finalement presque semblable mené par Ernest Pignon-Ernest, véritable métronome dans son domaine.

« Ceux de la poésie vécue », exposition visible à la Maison Ferrat jusqu’au 1er octobre tous les jours de 9 à 12 heures et de 14 à 18 heures. Tél. 04 75 94 73 49. Tarif : adulte : 5 €, moins de 18 ans, gratuit. Accès libre ce week-end dans le cadre du Festival Ferrat.

Par Jérémy ECOFFET  


lundi 10 juillet 2017

JEUNE HOMME SEUL

Les jeunes homosexuels et les jeunes filles amoureuses,
et les longues veuves qui souffrent d’insomnies délirantes,
et les jeunes dames fécondées il y a trente heures,
et les chats rauques qui traversent mon jardin de ténèbres,
tel un collier de palpitantes huîtres sexuelles
entourent ma résidence solitaire,
tels des ennemis établis contre mon âme,
tels des conspirateurs en tenue de nuit
qui auraient pour consigne d’échanger de longs baisers épais.

Le radieux été conduit les amoureux
en d’uniformes régiments mélancoliques,
composés de gros et maigres et joyeux et tristes couples :
sous les élégants cocotiers, près de l’océan et de la lune,
il y a une vie constante de pantalons et de jupes,
une rumeur de bas de soie caressés,
et des seins féminins qui brillent comme des yeux.

Le petit employé, après un lourd,
après un long ennui hebdomadaire, et les romans lus la nuit au lit
a définitivement séduit sa voisine,
et l’emmène dans les misérables cinémas
où les héros sont des poulains et des princesses passionnées,
et il caresse ses jambes pleines de duvet
avec ses mains humides, ardentes et qui sentent la cigarette.

Les soirées du séducteur et les nuits des époux
se fondent comme deux draps qui m’ensevelissent,
et les heures après le déjeuner où les jeunes étudiants
et les jeunes étudiantes, et les prêtres se masturbent,
et les animaux forniquent sans détours,
et les abeilles sentent le sang, et les mouches colériques bourdonnent,
et les cousins jouent étrangement avec leurs cousines,
et les médecins regardent avec fureur le mari de leur jeune patiente,
et les heures du matin où le professeur, comme par mégarde,
accomplit son devoir conjugal et déjeune,
et plus encore, les adultères, qui s’aiment d’un véritable amour
sur des lits hauts et longs comme des navires :
sûrement, éternellement m’entoure
cette grande forêt respiratoire et enchevêtrée
de grandes fleurs comme des bouches et des dentitions
et de noires racines en forme d’ongles et de chaussures.


Pablo Neruda (1904-1973) – Résidence sur la terre (Residencia en la tierra, 1935) – Traduction de Guy Suarès

CABALLERO SOLO

Los jóvenes homosexuales y las muchachas amorosas,
y las largas viudas que sufren el delirante insomnio,
y las jóvenes señoras preñadas hace treinta horas,
y los roncos gatos que cruzan mi jardín en tinieblas,
como un collar de palpitantes ostras sexuales
rodean mi residencia solitaria,
como enemigos establecidos contra mi alma,
como conspiradores en traje de dormitorio
que cambiaran largos besos espesos por consigna.

El radiante verano conduce a los enamorados
en uniformes regimientos melancólicos,
hechos de gordas y flacas y alegres y tristes parejas:
bajo los elegantes cocoteros, junto al océano y la luna 
hay una continua vida de pantalones y polleras, 
un rumor de medias de seda acariciadas, 
y senos femeninos que brillan como ojos.

El pequeño empleado, después de mucho, 
después del tedio semanal, y las novelas leídas de noche, en cama,
ha definitivamente seducido a su vecina, 
y la lleva a los miserables cinematógrafos 
donde los héroes son potros o príncipes apasionados, 
y acaricia sus piernas llenas de dulce vello 
con sus ardientes y húmedas manos que huelen a cigarrillo.

Los atardeceres del seductor y las noches de los esposos
se unen como dos sábanas sepultándome,
y las horas después del almuerzo en que los jóvenes estudiantes,
y las jóvenes estudiantes, y los sacerdotes se masturban,
y los animales fornican directamente,
y las abejas huelen a sangre, y las moscas zumban coléricas,
y los primos juegan extrañamente con sus primas,
y los médicos miran con furia al marido de la joven paciente,
y las horas de la mañana en que el profesor, como por descuido,
cumple con su deber conyugal, y desayuna,
y, más aún, los adúlteros, que se aman con verdadero amor
sobre lechos altos y largos como embarcaciones:
seguramente, eternamente me rodea
este gran bosque respiratorio y enredado
con grandes flores como bocas y dentaduras
y negras raíces en forma de uñas y zapatos.

jeudi 6 juillet 2017

PABLO NERUDA: LA VÉRITÉ SUR LA MORT DU POÈTE ENFIN DÉVOILÉE EN OCTOBRE


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LE POÈTE CHILIEN PABLO NERUDA EN 1965 À LONDRES.
PHOTO NEIL LIBBERT

Le prix Nobel de littérature est décédé mystérieusement dans une clinique en 1973. Des experts se réuniront en octobre au Chili pour déterminer si le poète a bien été empoisonné ou non.
Par Guillaume Narduzzi avec l'AFP
PABLO NERUDA ET MATILDE URRUTIA.
PHOTO ARCHIVE FUNDACIÓN NERUDA
Le mystère s'apprête à prendre fin. Des experts internationaux seront réunis en octobre à Santiago du Chili pour élaborer un rapport sur les causes de la mort de Pablo Neruda, a indiqué mardi 4 juillet la famille du poète chilien, qui soupçonne un empoisonnement sous la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).


Ces spécialistes du Canada, du Danemark, des États-Unis, d'Espagne et du Chili se retrouveront mi-octobre dans la capitale chilienne pour étudier les derniers examens réalisés, et rédiger un rapport qu'ils remettront au juge Mario Carroza, chargé du dossier, afin de peut-être clore la procédure initiée il y a quatre ans.

Les restes du poète et prix Nobel de littérature, décédé dans une clinique de Santiago en 1973, quelques jours après le coup d'État contre le président socialiste Salvador Allende dont il était proche, ont été l'objet ces dernières années de nombreuses expertises. Exhumés en 2013, ils ont finalement été remis en terre en avril 2016 sans que le mystère soit totalement levé.

La thèse de l'assassinat de plus en plus crédible

En mai 2014, une équipe de chercheurs espagnols avait révélé la présence massive de bactéries, des staphylocoques dorés, qui auraient pu être inoculées par des agents de la dictature. Quatre laboratoires, aux États-Unis, en Espagne, en Norvège et au Danemark, ont été chargés d'analyser l'ADN de ces bactéries. D'après le certificat de décès rédigé par la junte militaire alors au pouvoir, le poète était mort à 69 ans d'un cancer de la prostate.
«Neruda a été assassiné.»

Manuel Araya, ancien chauffeur de Pablo Neruda
Mais en 2011, son chauffeur de l'époque et assistant personnel, Manuel Araya, a affirmé que sa mort était due à une mystérieuse injection faite la veille de son départ pour le Mexique, où il comptait s'exiler pour y mener l'opposition au général Pinochet. «Neruda a été assassiné», déclarait M. Araya à l'AFP en 2013.

Une enquête judiciaire a alors été ouverte, tandis que d'autres témoignages ont semé le doute en assurant que Pablo Neruda était en forme jusqu'à la fameuse injection. La mort en 1982, dans la même clinique, de l'ex-président Eduardo Frei (1964-1970), venu pour une opération de routine et qui pourrait avoir été empoisonné, a renforcé la thèse d'un assassinat du poète.